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Etre touriste d’un pays à l’autre

[Le tourisme en France et dans le monde], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Légende : Visiter le Louvre , 2013.
© Wikimedia Commons

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Le touriste est un voyageur particulier, le tourisme une expérience humaine qui se déroule dans un espace-temps du hors quotidien où chacun décide de partir habiter ailleurs temporairement.

Culture et pratiques touristiques

Mer des Wadden et camping, 2013

Mer des Wadden et camping, 2013.

Photo : Martina Nolte. © Wikimedia Commons

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À l’heure actuelle, le touriste est tout le monde et partout. Dans "Le tourisme. Lectures géographiques", n°8094 de la revue Documentation photographique (La Documentation française, juillet-août 2013), Philippe Duhamel apporte un éclairage pertinent sur la diversification culturelle des touristes :« En effet, le tourisme est une invention anglaise, mais reprise très rapidement par les pays européens et l’Amérique du Nord. Il est donc d’origine et de conception occidentale, mais cette pratique se développe dans des pays dont la culture est différente (le terme n’existe d’ailleurs pas dans toutes les langues). Dès lors, des spécificités apparaissent dans l’usage d’espaces communs à l’ensemble des touristes. Ainsi, si nous allons tous à la plage, nous ne la fréquentons pas tous de la même manière. Au Vietnam, à Hon Rom et Mui Né, les regards croisés des Occidentaux et des nationaux montrent une manière très différente de vivre le bord de mer. La diffusion des pratiques ne signifie donc pas leur duplication à l’identique. Des pratiques similaires peuvent également être vécues différemment, à l’instar du pique-nique, très répandu dans les pays arabes ou asiatiques comme moment de grande sociabilité familiale et amicale, très au-delà de ce que l’on peut observer dans les pays occidentaux. Cette variété culturelle est importante pour le tourisme car découvrir, se reposer, jouer ou être en société ne revêt pas du tout le même sens selon les  sociétés, comme le montre la définition variable de ce qu’est un beau paysage par exemple ».

Des manières différentes d'être touristes

Comportement touristique: Vietnamien-Occidentaux
 

A la plage de Hom Rom

A la plage de Mui Né

Ce qu'aiment les touristes vietnamiens

Ce que n'aiment pas les touristes occidentaux

Ce qu'aiment les touristes occidentaux

Ce que n'aiment pas les touristes vietnamiens

Sociabilité

  • On peut venir nombreux, avec sa famille, ses collègues.
  • C'est gai et joyeux.
  • Il y a trop de monde, on est les uns sur les autres.
  • C'est bruyant
  • Il y a peu de monder et de l'espace.
  • C'est calme, on respire.
  • Il y a tellement peu de monde qu'on ne se voit pas arriver tous ensemble.
  • C'est triste.

Commodités

  • On peut se garer facilement.
  • Il y a tout ce qui faut pour s'installer (tables, chaises, transats, etc.).
  • On peut acheter ce qu'on veut grâce  aux vendeuses ambulantes.
  • C'est pratique.
  • La plage a perdu son aspect naturel et sauvage.
  • C'est moche.
  • les vendeuses ambulantes venant sans cesse vous solliciter sont pénibles, d'autant qu'il faut tout négocier.
  • La plage semble plus naturelle : des constructions basses et peu nombreuses, beaucoup de bois.
  • C'est beau.
  • On n’achète seulement quand on veut, dans des boutiques, c'est plus agréable.
  • Ce n'est ni pratique pour ce garer, ni confortable pour s'installer.
  • Il faut tout emmener avec soi, personne ne vient vous servir.
  • C'est cher : les prix sont fixes, on ne peut rien marchander.

Rapport au soleil
 et à la plage

  • On peut se protéger du soleil grâce aux parasols et aux auvents. C'est plus frais.
  • La plage est répulsive.
  • Il n'y a personne sur la plage, on n'ose pas y aller se faire bronzer.
  • On ne peut pas profiter du soleil.
  • On peut se faire bronzer et profiter de la plage (volley, badminton, etc.).
  • La plage est attractive
  • Il fait trés chaud, il n'y a aucun coin d'ombre.
  • C'est dangereux, on va finir par avoir une insolation.

Rapport au corps

  • Les femmes sont habillées et plus pudiques.
  • On préserve la blancheur de sa peau.
  • On n'ose pas se mettre en bikini.
  • On ne peut pas se faire bronzer.
  • On porte des bikinis, c'est beau et pratique.
  • On peut se faire bronzer, c'est tellement plus beau.
  • Les femmes sont impudiques.
  • C'est moche de se faire bronzer.

Rapport à la mer

  • Il y a tout ce qu'il faut pour se baigner : on peut louer des maillots de bain, des  bouées.
  • On reste là où on a pied car ceux qui savent nager sont rares.
  • On ne peut pas se baigner : les premiers mètres du bord sont encombrés.
  • On ne peut pratiquer aucun sport nautique.
  • On peut nager : les gens se dispersent dans l'eau, on a plus d'espace.
  • On peut faire du surf, de la planche à voile, du jet ski.
  • Il n'y a pas grand chose pour se baigner, on ne peut rien louer.
  • C'est dangereux.

Source : Emmanuelle Peyvel, L'émergence du tourisme domestique au Vietnam : lieux, pratiques et imaginaires, thèse soutenue en 2009.

Le goût de l’autre

Galway,  Irlande, 2013

Galway,  Irlande, 2013.

© Céline Bayou

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Selon Philippe Duhamel, « les touristes recherchent avant tout la compagnie des autres humains. (…) Ce goût de l’autre relève de plusieurs logiques : rencontrer les habitants d’un lieu différent et partager un moment de leur existence ; rencontrer d’autres touristes, soit dans le cadre d’un voyage organisé (…), soit sur son lieu de séjour. À partir de là, toutes les combinaisons sont possibles ».Dans l’avant-propos de l’ouvrage "Le tourisme. Un phénomène économique" (Les Etudes de la Documentation française, 2013), Pierre Py explique à cet égard que « le tourisme est – ou peut être – un temps pour la découverte d’autres civilisations ou de valeurs différentes de la civilisation à laquelle le touriste appartient. La dimension culturelle du tourisme est d’abord la découverte d’un patrimoine, qui donne au touriste l’occasion de découvrir les créations architecturales et artistiques, ainsi que l’histoire d’un peuple et d’une nation. Mais le tourisme est aussi l’occasion de découvrir les mœurs, les coutumes et la cuisine d’un peuple ».

Se confronter à l’altérité

Fête sur un bateau près de l’île espagnole d'Ibiza, 2012

Fête sur un bateau près de l’île espagnole d'Ibiza, 2012.

Photo : Kelly Ibiza. © Wikimedia Commons

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Si le tourisme apparaît indéniablement comme une source d'enrichissement et de croissance, d’aucuns insistent aussi sur les effets négatifs et les enjeux possibles entre touristes et populations locales. Ainsi, Pierre Py observe que  « le tourisme réalise une rencontre de populations différentes, ce qui n’est pas sans conséquences. Il produit tout d’abord des phénomènes d’acculturation, au sens qu’il permet à une culture de prendre le pas sur une autre. L’exemple des Baléares est bien connu. Avant le développement du tourisme, cette île connaissait une civilisation patriarcale, le droit d’aînesse, une économie fondée sur l’agriculture et les femmes au foyer. Le tourisme a modifié l’affectation des terres, qui sont devenues des terrains à bâtir, ce qui a pour effet de remettre en cause le droit d’aînesse. Il a également remis en question l’autorité des patriarches et conduit les femmes à travailler dans le secteur touristique. Le tourisme produit aussi des phénomènes de banalisation des arts et des coutumes : l’expression d’"art d’aéroport" illustre ce phénomène en signifiant que l’art d’une civilisation a perdu son âme. La transformation des cérémonies religieuses en spectacle pour touristes en est une autre illustration ».    

Mis à jour le 15/07/2014

 

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