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Les médias britanniques en eau trouble, par Jean-Philippe Fons

[Les médias britanniques en eau trouble, par Jean-Philippe Fons], pour plus d'information, consulter la description longue en dessous de cette illustration

Couverture du dernier numéro de News of the World - 10 juillet 2011.
News Corporation

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Mis à jour le 23/04/2012

Introduction

En juillet 2011, en proie à un scandale impliquant des écoutes téléphoniques illégales, le tabloïd News of the World - monument de la presse britannique du haut de ses 168 ans -, est fermé. S’agit-il d’un tournant dans l’histoire de la presse d’Outre-Manche, en déclin depuis dix ans ?


Les médias britanniques en eau trouble

Jean-Philippe Fons*

Entre le premier périodique publié en 1622, le Weekly Newes from Italy, et l’apparition, en 1994, du premier titre national sur Internet, l’Electronic Telegraph, la presse britannique a connu un essor continu durant quatre siècles.(1) Pendant longtemps, elle a proposé à la fois des broadsheets, ces journaux de qualité grand format, et des tabloïds bon marché de petit format. Cette différence qualitative est toujours valable, même si des journaux comme The Times, The Guardian ou The Independent paraissent aujourd'hui dans des formats plus maniables. Bénéficiant d’un taux de TVA à O %, la presse quotidienne atteint toujours des tirages record, mais la crise que traverse le secteur depuis plus de dix ans n’épargne aucun journal. Autre spécificité par rapport au continent : le dispositif de régulation de la presse britannique est peu contraignant, hormis pour les cas de diffamation. L’affaire de News of the World, qui a ébranlé le monde médiatique, aura-t-elle comme conséquence un retour à une certaine éthique dans la presse à sensation ? Dans quelle mesure le Royaume-Uni - qui se targue souvent d’être le pays de la liberté d’expression - acceptera-t-il de brider sa « presse de caniveau » (gutter press) qui, aux yeux de beaucoup de ses lecteurs, participe du pluralisme des médias et du débat public ?

Le déclin de la presse écrite

Selon la publication très officielle Social Trends (2), moins de la moitié de la population britannique (42 %) lit régulièrement un quotidien, en 2010. Ce taux ne cesse de décroitre depuis la fin des années 1970 : ils étaient 72 % à lire quotidiennement la presse en 1978 et 44 %, trente ans plus tard.

Lectorat des principaux journaux britanniques (exprimé en % des titres lus)

 

1971

1978

1981

1991

2001

2009

The Sun

17

29

26

22

20

16

Daily Mail

12

13

12

10

12

10

Daily Mirror

34

28

25

22

12

7

The Daily Telegraph

9

8

8

6

5

4

The Times

3

2

2

2

3

4

Daily Express

24

16

14

8

4

3

The Guardian

3

2

3

3

2

2

The Independent

-

-

-

2

1

1

Financial Times

2

2

2

2

1

1

Lectorat moyen

-

72

72

62

53

42

Les pourcentages s’entendent ainsi : proportion d’individus de plus 15 ans qui a lu ou eu entre les mains (pendant au moins deux minutes) les titres de la presse écrite suivants la veille du sondage.
Source : « National Readership Survey », cité dans Social Trends, Office for National Statistics, n° 40, 2010.

Parmi les titres de la presse quotidienne, The Daily Mirror et The Sun demeurent, depuis quarante ans, les journaux les plus distribués, même si aucun des deux n’est épargné par la crise que traverse actuellement le secteur voilà plus de dix ans. Plusieurs éléments peuvent justifier le déclin de la presse écrite payante. Tout d’abord, la croissance fulgurante de la presse gratuite (Metro), dont les journaux - qui sont lus par 9 % de la population britannique - sont distribués dans la plupart des grandes villes du pays. Ensuite le développement des chaines télévisées d’information en continu et des radios locales ainsi que l’usage intensif de l’Internet, ces nouveaux supports ravissant également des lecteurs aux journaux papier. La part des Britanniques qui consultent régulièrement les versions électroniques des grands quotidiens est en constante augmentation depuis dix ans : c’est aujourd’hui le cas d’un Britannique sur deux.

Consciente de la désaffection des plus jeunes pour les supports écrits - et pour la lecture en général -, la Grande-Bretagne a célébré, en 2008, l’« année nationale de la lecture ». Selon une étude conduite en 2007 par le National Literacy Trust, 10 % des jeunes garçons britanniques âgés de 9 à 14 ans et 6 % des jeunes filles n’« aiment pas lire ».

Types de livres lus par les enfants (9-14 ans) en Angleterre*

BIS Types de livres lus par les enfants (9-14 ans) en Angleterre

* En dehors des lectures scolaires obligatoires.
Source : Social Trends, 2010.

Cette initiative a connu un franc succès si l’on en juge par le nombre de nouveaux lecteurs (2,3 millions inscrits dans les bibliothèques municipales entre avril et décembre 2008). Les romans de Kate Morton (The House at Riverton - Les brumes de Riverton -), Griff Rhys (Semi-Detached) et Jerome D. Salinger (Catcher in the Rye - L’Attrape-cœurs -) ont été les ouvrages les plus fréquemment empruntés. Les lecteurs les plus jeunes ont privilégiés le 7e tome de la saga Harry Potter (Harry Potter and the Deathly Hallows - Harry Potter et les reliques de la mort -) de J. K. Rowling, Jacky Daydream de Jacqueline Wilson ou encore Charlie and the Great GlassCharlie et le Grand ascenseur de Verre - de Roald Dahl.

Les adolescents et les jeunes adultes lisent régulièrement ou fréquemment des magazines ou des blogs spécialisés ; les thématiques demeurent inchangées depuis plusieurs années, et concernent essentiellement la mode et la beauté, les nouvelles technologies de la communication, le domaine de l’auto-moto, ou encore les « magazines people ».

Si les volumes de tirage de la presse quotidienne connaissent un tassement, le lectorat des principaux journaux demeure stable, en revanche, sur les dix dernières années.

Tirages et lectorats des principaux quotidiens britanniques (décembre 2011)

 

Tirages

Lectorat total

Nombre de lecteurs par copie vendue

The Sun

2 779 000

7 592 000

2,7

Daily Mail

1 943 000

4 705 000

2,4

Daily Mirror

1 090 000

3 008 000

2,8

The Daily Telegraph

619 000

1 680 000

2,7

The Times

440 000

1 518 000

3,5

Daily Express

614 000

1 425 000

2,3

The Guardian

250 000

1 089 000

4,4

The Independent

156 000

505 000

3,2

Financial Times

110 000

364 000

3,3

Les chiffres de tirage correspondent au nombre de copies distribuées, et sont fournis par le Audit Bureau of Circulations. Le lectorat est une estimation, fournie par le National Readership Survey, du nombre de lecteurs par copie d’un journal.
Source : National Readership Survey ; Audit Bureau of Circulations.

De la confrontation de ces données, on peut tirer deux conclusions, plutôt enthousiasmantes. D’abord, en retenant le critère du lectorat total et non du tirage, le classement des grands quotidiens britanniques s’en trouve totalement bouleversé : The Guardian, The Financial Times, The Independent et The Times (des titres de la presse dite « de qualité ») supplantent les tabloïds, dont The Sun, fleuron du groupe News International de Rupert Murdoch. Ensuite, on sait que les journaux de la presse quotidienne passent de main en main, d’une rame de métro à l’autre ; on peut, dès lors, déduire des statistiques ci-dessus que les Britanniques continuent d’entretenir une relation étroite avec leurs journaux et que, s’ils ne peuvent plus ou ne veulent plus les acheter, ils tiennent toutefois à les lire. 

L’imbroglio de l’affaire News of the World

Entre 2010 et 2012, le monde médiatique, politique et judiciaire a été ébranlé par le scandale des écoutes illégales pratiquées par plusieurs détectives privés, dans le cadre d’investigations menées pour le compte du très racoleur News of the World, propriété du magnat des médias Rupert Murdoch, et de son groupe tentaculaire News Corporation.

Né en 1843, News of the World (NoW) est l’archétype de la presse populaire à scandale ; le journal a, selon Jean-Claude Sergeant (4), une « tradition du macabre » (ainsi plusieurs scandales, plus ou moins inventés, seront révélés dans les pages du journal), et qui entend de cette manière de remplir sa fonction distractive. Cela lui vaut une première enquête confiée à Scotland Yard en 2007, mais l’étendue de l’« affaire » dépasse l’entendement : une enquête interne à la police révèlera deux ans plus tard que l’enquête initiale a été bâclée, des preuves détruites et des témoins soudoyés. Les plus hautes sphères du pouvoir politique ne seront pas épargnées, avec l’arrestation rocambolesque, en juillet 2011, de Andy Coulson, ancien éditorialiste du journal puis conseiller en communication de David Cameron, de 2007 à 2011.

News Corporation dispose de l’un des réseaux de médias les plus influents dans le monde, grâce à ses relais sur tous les continents. Sa principale mission est de « créer et de distribuer des programmes d’information et de divertissement de grande qualité à travers le monde »(5). Sa filiale News International possède et distribue les plus grands quotidiens de la presse britannique : The Times, The Sun, The Sunday Times ou encore le tout jeune The Sun on Sunday(6). Le groupe se décrit d’ailleurs volontiers comme le plus attractif pour les annonceurs en tout genre, qui trouvent ainsi le moyen de toucher un large public(7).

Le scandale des « méthodes de voyous » de News of the World a jeté l’opprobre sur les pratiques de certains médias britanniques, au moment où le groupe de Rupert Murdoch s’apprêtait à finaliser l’offre de rachat intégral de British Sky Broadcasting (BSkyB), le principal opérateur de télévision par satellite Outre-Manche.

En franchissant un « palier dans l’indécence »(8), la presse populaire n’aurait-elle pas, au final, rendu un fier service à l’institution médiatique, dans son ensemble ? Le scandale du News of the World pose de nouveau la question de l’acceptabilité des pratiques des détectives et des journalistes, interroge le lien entre les médias et le pouvoir politique et replace au centre des débats la question de l’indépendance de la presse. Plus largement, l’interrogation porte sur la place des médias et sur les modalités de leur participation à la vie d’une démocratie moderne.

Le mal est pourtant fait ! Dans un communiqué de News International daté du 18 juillet 2011, Rupert Murdoch a présenté ses excuses suite aux révélations des pratiques d’investigation douteuses du journal The News of the World. Il a reconnu, sans ambages, que le journal avait failli à sa mission essentielle et avait blessé un certain nombre de personnes. Il faisait là notamment  allusion aux membres de la famille de la jeune Milly Dowler, disparue en 2002 et dont le téléphone portable sera piraté par des détectives du NoW, laissant ainsi supposer que la jeune fille était toujours en vie. Le corps sans vie de Milly Dowler sera retrouvé six mois plus tard(9).

Le 10 juillet 2011, News of the World est sorti dans les kiosques pour la dernière fois. Près de 3,8 millions d’exemplaires du journal se sont arrachés en quelques heures. Cet ultime numéro offrait une rétrospective des plus grands scoops et scandales révélés par le journal en un siècle et demi d’existence. Acte de repentance ou ultime provocation, les trois-quarts du prix du journal ont été reversés à trois associations caritatives (Barnado’s, The Force’s Children Trust et le Queen Elizabeth Hospital Birmingham Charity).

Peut-on moraliser les pratiques du journalisme d’investigation ?

Au Royaume-Uni, le dispositif de régulation de la presse est peu contraignant, hormis dans les cas de diffamation (pour lesquels le législateur impose de lourdes sanctions pénales et financières). L’article 9 du Code civil français (qui précise que « chacun a droit au respect de sa vie privée »(10) n’a pas son équivalent de l’autre côté de la Manche. Afin d’éviter les débordements et d’instaurer un cadre déontologique (une sorte de « code de bonne conduite »), les éditeurs ont institué, en 1991, une instance de régulation de la presse, la Press Complaints Commission, organisme d'autorégulation destiné aux journaux et aux magazines et dont l’adhésion est volontaire.

Dans le cas du scandale des écoutes illégales pratiquées par NoW, le modèle de l’autorégulation a montré ses limites. Le rapport des médias à la vie privée a toujours été ambigu en Grande-Bretagne. On ne compte plus les procès pour violation de la vie privée intentés contre les tabloïds, le plus souvent par des stars du show-business et des acteurs : Anna Ford contre le Daily Mail et le magazine Ok !, Naomi Campbell opposée au journal The Mirror, ou encore le couple Catherine Zeta-Jones et Michael Douglas contre le magazine Hello ! pour avoir dérobé des clichés de leur mariage. Dans la plupart des cas, les journaux sont condamnés à des compensations financières modestes, voire symboliques, ou les plaignants sont tout bonnement déboutés (les stars, épiées et traquées par les paparazzi de la presse populaire, paient ainsi le prix de leur notoriété !).

Déjà soumise à critiques au moment de sa création, puis ébranlée par plusieurs scandales dès 1993, la Commission d’autorégulation de la presse a souffert également de l’affaire du News of the World : lors de l’enquête lancée en 2007, elle avait conclu que seuls Clive Goodman - le correspondant du NoW aux Affaires royales - et Glenn Mulcaire - un détective privé engagé par C. Goodman - avaient connaissance des écoutes illégales(11), ce qui s’est avéré faux par la suite. Plusieurs journalistes ont, par ailleurs, sévèrement critiqué l’impartialité de la Press Complaints Commission en révélant que son « comité d’éthique » était présidé par un proche de Rupert Murdoch !

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Rupert Murdoch à son fils : « Ne t’en fais pas, Jimmy ! Tu joueras un rôle important au sein
de News Corp, dans sa filiale de fabrication de colle ».
© Steve Bell

Fin févier 2012, James Murdoch, fils de Rupert Murdoch, et directeur exécutif de News International, a annoncé sa démission ; en quittant la direction de la filiale britannique de l’empire de Murdoch père, News Corporation, il a précisé qu’il souhaitait se consacrer au développement du volet « télévision » - rappelons que James Murdoch a notamment supervisé l’acquisition par le groupe de plusieurs réseaux de télévision satellitaire (Sky Deutschland, Sky Italia ou encore BSkyB). Cette démission est intervenue alors que les travaux de la Commission parlementaire Leveson mettaient au jour d’autres aspects des pratiques peu déontologiques de News International et du défunt News of the World. Au même moment, la police déclarait qu’elle estimait que plus de 4 000 personnes auraient pu être victimes d’écoutes illégales. Des perquisitions supplémentaires pourraient également être menées dans les locaux du Sun, propriété du groupe de Rupert Murdoch.

La Commission parlementaire Leveson

La commission d’enquête dite Commission Leveson a été diligentée à la suite du scandale des écoutes illégales réalisées dans le cadre de l’ « affaire News of the World ». Elle a été créée suite à l’annonce faite par David Cameron, le 13 juillet 2011. Le Premier ministre souhaitait que soient passées au crible les pratiques, la culture et la déontologie de la presse britannique. La Commission est présidée par le juge Lord Leveson.

Elle doit également statuer sur les allégations de possible corruption de hauts responsables de Scotland Yard, dont l’enquête sur les agissements de News International a été fortement critiquée.

La première partie du travail de la Commission s’est terminée en février 2012. Les relations entre le monde des médias, la police et la sphère politique feront l’objet de travaux ultérieurs(11).

La lettre de mission encourage la Commission d’enquête à émettre des recommandations afin de « moraliser » les pratiques de la presse, tout en préservant la liberté d’expression et l’indépendance des médias(12).

Toutefois, l’impartialité de la Commission a été mise en cause par certains députés membres du Parti travailliste après que la presse a révélé que le Juge Leveson aurait participé à plusieurs fêtes privées organisées par Matthew Freud, le gendre de Rupert Murdoch.

La tâche est donc lourde et les enjeux cruciaux pour la Commission mandatée par David Cameron et présidée par le juge Leveson, chargée d’étudier les pratiques des médias et des détectives privés. Après avoir consulté l’Association of British Investigators, Lord Leveson et Keith Vaz, président du Home Affairs Select Commitee(10), s’inquiètent aujourd’hui du manque de régulation des pratiques des enquêteurs. Il est trop tôt pour envisager l’issue de la Commission Leveson et le contenu des recommandations qu’elle pourra émettre dans le courant de l’année 2012. Le monde des médias et le grand public ont néanmoins pris conscience de la nécessité d’imposer un cadre beaucoup plus contraignant, qu’il soit de nature législative ou pas.

Notes
(1) La presse britannique : bref historique & chronologie, UBI France
(2) Publiée par l’Office for National Statistics, l’équivalent institutionnel de l’INSEE.
(3) Le National Literacy Trust est une association à but non lucratif qui lutte contre l’illettrisme chez les jeunes adultes britanniques.
(4) Nous renvoyons le lecteur à l’intervention de J. C. Sergeant dans l’émission « Les Matins », diffusée sur France Culture, le 13 juillet 2011.
(5) http://www.newscorp.com.
(6) The Sun on Sunday a été lancé le 26 février 2012. Pour ses détracteurs, le journal (affublé du diminutif « The SS » ou « The SOS ») n’est qu’une pâle copie de News of the World : il assure une fonction de distraction et satisfait les amateurs de football.
(7) Site http://nicommercial.co.uk/, consulté le 29 février 2012.
(8) « Les Matins », France Culture, ibid.
(9) Le meurtrier de la jeune fille, Levi Bellfield, a été condamné à la réclusion à perpétuité en juin 2011.
(10) En juin 2000, la Cour d’appel de Versailles précise que « la diffusion sur le réseau Internet de photographies sans l’autorisation de la personne photographiée constitue une atteinte au droit qu’elle a sur son image, attribut de sa personnalité ». En outre, la Cour d’appel de Paris a estimé, en novembre 2002, que l’« utilisation dévalorisante de l’image d’une personne à des fins de propagande constitue une atteinte au droit au respect de l’intimité de sa vie privée ».
(11) http://observatoire.univ-tln.fr/Media.html - © Jean-Philippe Fons.
(12) Commission parlementaire chargée des affaires intérieures.
(13) Les documents produits par la commission Leveson peuvent être consultés sur le site Internet de la commission d’enquête : http://levesoninquiry.org.uk. Le Guardian consacre deux rubriques spécifiques aux suites du scandale des écoutes et aux évolutions des travaux de la commission Leveson : http://www.guardian.co.uk/media/leveson-inquiry et http://www.guardian.co.uk/media/phone-hacking.
(12) http://test.www.levesoninquiry.org.uk/?page_id=234.

* Maître de conférences en Civilisation britannique contemporaine, Université Européenne de Bretagne

Pour citer cet article : Jean-Philippe Fons, « Les médias britanniques en eaux troubles », P@ges Europe, 23 avril 2012 - La Documentation française © DILA

 

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